Ce qu'apporte l’éducation alimentaire aux jeunes, le point de vue d'une enseignante
Au collège Jean-Baptiste Clément, dans le 20e arrondissement de Paris, les Brigades Culinaires sont proposées depuis quatre ans aux élèves de 3e. Chaque année, 16 collégiens participent aux ateliers aux côtés de leur enseignante en sciences, Mathilde Bourgain, et de la cheffe bénévole Julia Sedefdjian.
Plongée au cœur de l’éducation à l’alimentation avec les regards croisés de Mathilde Bourgain, qui observe l’évolution des élèves sur le terrain toute l’année et celui d’Antoine Guillou, adjoint à la mairie de Paris chargé notamment de l’alimentation durable.
« Ils veulent surtout apprendre à cuisiner »
Quand Mathilde Bourgain a découvert les Brigades Culinaires, elle travaillait déjà avec ses classes de 4e sur l’impact environnemental de l’alimentation. Elle contacte La Tablée des Chefs avec l’idée de faire intervenir l’association dans ce cadre.
Le programme ne pouvant pas concerner l’ensemble des élèves, une autre idée naît : proposer une option aux 3e qui souhaitent approfondir ces sujets.
Quatre ans plus tard, les élèves de 4e découvrent chaque année l’option au mois de mai. Ceux qui souhaitent participer déposent une candidature, signée par eux-mêmes et leurs parents. Cette année, 25 élèves se sont portés candidats pour 16 places.
Mathilde les reçoit ensuite individuellement. Elle cherche à comprendre leur motivation et tient aussi compte des activités qu’ils pratiquent déjà, afin de constituer un groupe varié.
Ce qu’ils viennent chercher, c’est d’abord l’envie d’apprendre à cuisiner. Certains le font déjà avec leurs parents, d’autres sont attirés par le défi final et la possibilité de participer à la finale avec le Canada.

« Ils découvrent qu’ils peuvent aimer certains aliments »
C’est au fil des ateliers que Mathilde voit les évolutions. Les élèves découvrent parfois des aliments qu’ils n’aimaient pas particulièrement et qu’ils apprécient finalement lorsqu’ils sont préparés autrement. Ils comprennent l’importance de l’assaisonnement et accordent progressivement davantage d’attention à la présentation des plats.
La cuisine leur apprend aussi à faire ensemble : suivre une recette, partager les ingrédients, écouter les autres, s’organiser. Pour Mathilde, c’est aussi ce qui fait l’intérêt de ces ateliers. Les élèves travaillent notamment la lecture des consignes, les mesures et le respect d’un protocole, mais sans être évalués.
« Ils travaillent ces compétences sans forcément s’en rendre compte », explique-t-elle.
Pour Antoine Guillou, ces découvertes sont au cœur de ce que doit permettre l’éducation à l’alimentation : donner aux jeunes le goût du bien manger et leur donner les clés pour comprendre ce qu’ils consomment, développer leur esprit critique et faire des choix éclairés.
L’éducation alimentaire en milieu scolaire
Mathilde Bourgain défend une place plus importante de l’éducation alimentaire à l’école. Elle y voit un moyen très concret d’aborder l’alimentation, mais aussi l’environnement, le gaspillage, les produits locaux et de saison ou encore la solidarité.L'école permet un apprentissage universel, c'est pourquoi on milite à la TDC pour une éducation à l'alimentation en milieu scolaire.
Comme le rappelle Antoine Guillou, « l’école est un lieu privilégié pour cela parce qu’elle accueille tous les enfants et permet donc de donner des repères communs, quels que soient les habitudes alimentaires ou les ressources des familles. »
À Paris, cette approche s’inscrit notamment dans le Plan Alimentation Durable, qui cherche à faire de l’alimentation scolaire un levier d’éducation, en complément de la qualité des repas servis dans les cantines.
Un levier d’insertion possible
On le voit dans nos études d’impact : chaque année, environ 20 % des élèves déclarent souhaiter s’orienter vers les métiers de la cuisine après leur participation aux Brigades Culinaires.
À l’échelle du collège Jean-Baptiste Clément, Mathilde voit certains de ses élèves poursuivre dans cette voie. Cette année, une ancienne participante lui a annoncé avoir remporté un prix dans un concours de cuisine. Elle venait également d’obtenir son bac professionnel avec mention.
« Elle m’a écrit en me disant qu’elle avait immédiatement pensé à moi », raconte Mathilde.
Et puis il y a les petits signes qui restent dans le collège. Cette année, les élèves de la brigade ont laissé des messages dans les boîtes de matériel qui seront utilisées par la prochaine brigade. Ils y racontent vouloir passer le relais et à quel point les élèves qui leur succéderont ont de la chance de participer au programme.
Des attentions qui en disent beaucoup sur ce que les Brigades Culinaires peuvent créer au fil des années.
Vers une éducation à l’alimentation pour tous
Ces témoignages le montrent : l’éducation à l’alimentation a beaucoup à apporter aux jeunes, parce qu’elle touche à de nombreuses dimensions de leur quotidien : la santé, l’environnement, le goût, la culture, le lien social ou encore la compréhension de ce qu’ils consomment.
À La Tablée des Chefs, nous faisons le choix de transmettre ces apprentissages par la pratique : cuisiner, goûter, découvrir, comprendre et apprendre à faire ensemble. Et le programme continue de grandir : cette année, les Brigades Culinaires sont déployées dans 55 collèges, contre 40 l’année dernière.
Notre ambition est de poursuivre ce développement pour qu’à terme, chaque collégien puisse bénéficier d’une véritable éducation à l’alimentation, au même titre que d’autres apprentissages comme l’éducation physique et sportive.
En février 2026, l’Assemblée nationale a adopté en première lecture une proposition de loi portée par Olivia Grégoire visant à expérimenter un enseignement d’éducation à l’alimentation obligatoire à l’école. Le texte prévoit une expérimentation de trois ans dans des académies et établissements volontaires.
Une première étape, mais aussi un enjeu de mise en œuvre : quels moyens seront consacrés à cette expérimentation et, à terme, à la généralisation de l’éducation à l’alimentation ?
À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, la place de l’alimentation dans les politiques de santé publique et d’éducation pourra également être un sujet du débat public.
À La Tablée des Chefs, nous souhaitons que cet enjeu puisse y trouver toute sa place.




