Comment la géographie influence notre alimentation
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Dernière mise à jour : il y a 4 heures
Nos assiettes racontent aussi une histoire de géographie. Selon l’endroit où l’on vit en France, faire ses courses peut relever d’habitudes très différentes, entre commerces accessibles à pied, déplacements en voiture ou organisation des achats sur plusieurs jours.
Si près de 80 % de la population vit à proximité d’un commerce alimentaire de base (INSEE), cette moyenne masque des réalités variées : diversité des commerces, qualité de l’offre, moyens de transport disponibles ou encore temps consacré aux courses.
Derrière une même statistique, les façons de s’approvisionner et de s’alimenter diffèrent donc fortement selon les territoires.

En ville : une offre dense mais contrastée selon les quartiers
Dans les grandes villes comme Paris, Lyon ou Marseille, les commerces alimentaires sont nombreux et généralement accessibles rapidement, à pied ou en transports en commun. Supermarchés, marchés, boulangeries, commerces spécialisés coexistent souvent dans un même espace urbain.

Cependant, les travaux d’URBALYON (2022) montrent que cette offre varie fortement selon les quartiers. Certains disposent d’une grande diversité de commerces et de produits frais, tandis que d’autres sont davantage marqués par la présence de supérettes, de restauration rapide et de produits transformés.
Ces différences créent des environnements alimentaires contrastés au sein d’une même ville. Dans certains cas, on parle de “marécages alimentaires” pour désigner des espaces où l’offre est abondante mais dominée par des produits ultra-transformés.
Ainsi, même dans des territoires très denses, l’accès à une alimentation de qualité dépend aussi du quartier dans lequel on vit.
En périphérie : des courses intégrées aux déplacements du quotidien
Autour des grandes villes, les zones périurbaines regroupent des communes résidentielles où les habitants se déplacent régulièrement vers les pôles urbains pour travailler, accéder aux services du quotidien, ou faire leurs courses.
Les travaux du CREDOC sur les mobilités liées à l’approvisionnement alimentaire montrent que, dans ces espaces, les achats sont souvent intégrés aux déplacements quotidiens des ménages. Les courses sont majoritairement réalisées en voiture et regroupées afin de limiter les trajets dédiés uniquement aux achats alimentaires.
Les transports en commun restent principalement organisés autour des trajets domicile-travail, les déplacements liés aux courses reposent donc encore largement sur l’automobile.
Dans ces territoires, les achats sont souvent réalisés à un rythme hebdomadaire et organisés autour des mobilités du quotidien.
Dans les espaces peu denses : une alimentation qui demande anticipation et mobilité
Dans les villages et les territoires ruraux, les commerces sont plus espacés et les déplacements occupent une place importante dans l’organisation des courses alimentaires.
Selon l’INSEE, 62 % des communes ne disposent aujourd’hui d’aucun commerce alimentaire, contre 25 % en 1980. Cette évolution s’inscrit dans un mouvement de transformation des campagnes, marqué à la fois par la disparition progressive de certains commerces de proximité et par la concentration de l’offre dans des zones commerciales situées en périphérie des bourgs ou des villes moyennes.
Contrairement à certaines représentations associées à la campagne, les produits agricoles ne sont pas toujours vendus localement, et les circuits de distribution ne permettent pas systématiquement un accès direct aux habitants du territoire.
Dans ses travaux sur les territoires ruraux menés dans la Drôme et le Cantal, la géographe Mathilde Ferrand (2025) montre également que l’autoproduction alimentaire reste limitée et dépend de nombreux facteurs comme le temps disponible, l’accès à un terrain ou les équipements nécessaires.
Dans ces espaces, les courses sont généralement regroupées et organisées sur des temporalités plus longues, avec une place importante accordée à la voiture dans les déplacements du quotidien.
L’étude souligne également que certaines personnes renoncent à l’aide alimentaire par peur d’être reconnues dans des territoires où l’interconnaissance est forte.
Des solutions pour rendre l’alimentation plus accessible
Réduire les inégalités d’accès à l’alimentation passe par une action coordonnée sur plusieurs aspects du quotidien.
Nos ateliers d’éducation à l’alimentation, menés dans les collèges en zone REP et REP+ ainsi que dans les foyers, apportent aux jeunes des repères utiles sur l’équilibre alimentaire et les bonnes pratiques du quotidien mais leur impact dépend aussi de la possibilité d'accéder facilement à des produits variés et de qualité près de chez soi.
Dans les territoires peu denses, cela suppose de maintenir une présence minimale de commerces de proximité et de soutenir des solutions mobiles comme les épiceries itinérantes ou les marchés de producteurs, qui permettent de limiter les distances et de rapprocher l’offre des habitants.
Dans les zones périurbaines, c’est la nécessité de transports mieux adaptés aux usages du quotidien, et pas uniquement aux trajets domicile-travail.
D’autres leviers complètent ces actions, comme la restauration collective, qui garantit un accès régulier à des repas équilibrés dans les écoles, les hôpitaux ou les entreprises. Les dispositifs de solidarité alimentaire continuent également d’évoluer vers des formes plus diversifiées et plus intégrées à la vie locale.
Ces différentes initiatives rappellent que l’alimentation ne dépend pas uniquement des habitudes individuelles, mais aussi de la manière dont les territoires organisent l’accès aux commerces, aux transports et aux ressources du quotidien.




